Compte-rendu de la réunion bilatérale du 19 mai 2010 sur les retraites au ministère du Travail

Composition de la délégation CGT : Bernard Thibault, Eric Aubin, Mijo Isabey, Gérard Rodriguez


Montreuil, le 19 mai 2010

 

La CGT était reçue, ce mercredi 19 mai, par le Ministre Eric Woerth, dans le cadre de la « concertation » sur la réforme des retraites. Cette rencontre faisait suite à la publication du document d’orientation sur les retraites.
D’emblée,   Bernard  Thibault   a   indiqué   que   la  CGT  demandait   la   tenue   d’une   réunion plénière, avec  le Gouvernement, le Patronat et les syndicats autour d’une même table. Seule   cette   configuration   permettrait   une   réelle   confrontation   des   points   de   vue.  

 

Le Ministre persiste dans son refus. Il a ensuite interrogé le Ministre sur le calendrier. Celui-ci a indiqué que le projet de loi serait rédigé dans les 2 à 3 semaines, l’objectif  étant  de  le   soumettre   au  conseil  des  ministres   le  13   juillet. 

C’est   la   raison pour laquelle le texte serait communiqué aux organisations syndicales autour du 15 juin. Il a  ensuite   indiqué   que   la   Commission   des   affaires   sociales   de   l’Assemblée   nationale disposerait du texte à partir du 21  juillet,  le but étant que  le débat parlementaire puisse débuter dès le 6 ou 7 septembre.


S’agissant de l’appréciation de la CGT sur le document d’orientation, Bernard Thibault a regretté que la CGT n’ait manifestement pas été entendue. Il a fait observé que tel n’était pas le cas pour le MEDEF, qui avait largement inspiré ce texte.

 

Il a fermement réfuté l'approche celon laquelle le problème des retraites serait essentiellement démographique.

 

C’est   cette   thèse,   centrale   dans   ce  document d’orientation,   qui   conduit   le  Gouvernement   à   privilégier   des  mesures   dites   d’ordre démographique : l’allongement de la durée d’assurance et le report de l’âge légal. Cette porte d’entrée n’est pas la bonne.


La CGT ne conteste pas la démographie comme un élément important du dossier Retraite,mais   il   n’est   pas   question   pour   elle   d’écarter   les   problématiques   d’emploi   et   de financement.
Bernard Thibault  a ainsi   réaffirmé que  le plein emploi  permettait  d’assurer  une bonne moitié des besoins de financements supplémentaires, l’autre moitié pouvant être trouvée au travers de mesures faisant appel à une répartition des richesses plus « équitable ».
Il a observé que le Gouvernement ne pouvait pas totalement s’affranchir de la dimension emploi, puisqu’il était obligé d’y revenir au travers de l’emploi des seniors. Cependant, il a   indiqué   que   c’était   bien   l’emploi   dans   toutes   ses   dimensions,   et   particulièrement l’emploi des jeunes, dont le taux d'activité est le plus faible d'Europe, qui devait être au centre des  préoccupations.  Pourquoi  un engagement   sur   l’emploi  des   seniors  et  aucun engagement sur le taux d’emploi des jeunes ?


Il a ensuite interpellé le Ministre sur le caractère particulièrement mal venu de la partie du texte justifiant  le refus d’une augmentation des cotisations employeurs.  Il  a  indiqué qu’à cet endroit du texte, qui reprend fidèlement l’esprit des textes patronaux, il n’était pas   acceptable de  lire qu’une  augmentation  des   cotisations  de  1 %  générerait  50  000 suppressions d’emplois. Il a mentionné les 680 000 emplois détruits ces 18 derniers mois, qui n’avait rien à voir avec une quelconque augmentation des prélèvements. A contrario, les entreprises n’avaient jamais reçu autant d’aides publiques. Il a mis en évidence que dans le même moment, la part des profits captée par les actionnaires était passée de 42 à56 %.


Revenant aux propositions phares du document d’orientation, il a souligné qu’elles étaient  bien en phase avec les attentes du MEDEF qui défend avec force le fait que parce que l’on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps.
Mais, a-t-il relevé, les salariés ne décident pas de leur maintien au travail. Il a informé, à titre  d’exemple,   de   la   situation   de   l’entreprise   SCA,   dans   le  Nord.  Cette  entreprise, appartenant   à un  groupe  suédois,   va bientôt   fermer   sur  décision des  actionnaires.   La moitié des 283 salariés a plus de 50 ans. Ce qu’attendent ces salariés, ce ne sont pas les mesures préconisées par  le Gouvernement,  les obligeant à travailler au-delà de 60 ans, mais bel et bien une intervention de ce gouvernement pour qu’ils puissent conserver leur emploi maintenant.
Il   a   solennellement   signifié   l’opposition   de   la  CGT  à   cette   approche   qui   ne   consiste finalement qu’à réaliser des « économies » sur les pensions de retraites qui seront versées à l’avenir. Ceci en combinant le fait de différer les départs et la baisse des pensions.
Il a, à ce propos, rappelé que les réformes passées avaient déjà généré une baisse des pensions de l’ordre de 20 %. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la réforme annoncée ne pourrait qu’aggraver cette situation.
Bernard   Thibault   a   insisté   sur   l’opposition   de   la   CGT   à   un   tel   projet,   orienté principalement vers la baisse du taux de remplacement de la retraite. Il  a ensuite  indiqué que  le Gouvernement  voulait  donner   le change avec des  mesures concernant les hauts revenus et les revenus du capital. Encore faudrait-il préciser à quel niveau.  Bernard Thibault a montré que ces mesures étaient plus d’ordre symbolique et politique qu’une véritable réponse au problème de financement.
Concernant la pénibilité, il a observé que le document se gardait bien de mentionner les 3 critères  qui  avaient  pourtant  été  retenus   lors  des  négociations  ouvertes  après  2003,  à savoir les efforts physiques et psychiques, l’environnement de travail agressif, les rythmes de travail. Il a ensuite indiqué que le caractère ambigu du texte pouvait laisser à penser que le Gouvernement reprendrait à son compte les propositions du MEDEF, à savoir la mise en place d’une visite médicale, au même titre que le contrôle technique effectué sur les véhicules particuliers. Si cela venait à se confirmer, le Gouvernement devrait s’attendre à une opposition très ferme de la CGT.


Bernard Thibault a enfin demandé des précisions sur ce qu’entendait le Gouvernement par équité, en s’interrogeant sur le fait qu’à aucun moment n’était évoquée la situation des femmes, pourtant marquée du sceau de l’inégalité.

 

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